Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le c½ur du bonheur
Ne me quitte pas
Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Je t'inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs c½urs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas
On a vu souvent
Rejaillir le feu
De l'ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Je n'vais plus pleurer
Je n'vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Mais
Ne me quitte pas
J'ai grandi ces derniers jours, curieusement. Un regard extérieur peut-être. Ou Emmanuelli qui m'écoute parler de tout ce qui me tue, qui cherche la source, et moi qui déblatère, sans m'arrêter, en parlant un peu trop fort. De fusion, de ce putain d'élan qui me pousse vers cette odeur, cette peau de velours, cette continuité de mon corps, que je n'aime plus mais qui a bien voulu, un jour, il y a quelques années maintenant, fusionner avec moi et me rappeler cette chaleur, cette douceur, de Maman. Maman n'est plus, ce n'est plus qu'une mère. Mawi n'est plus, ce n'est plus qu'une histoire passée. Alors, je cherche, je m'essouffle dans cette quête de moitié. Je domine ces terres immenses où aucun point n'ose briller, je parcours des kilomètres, des heures, des pages, des notes, des sensations afin de trouver ce qui pourra me faire vivre. Je goûte à tout, je touche à tout, j'écoute tout, je regarde tout. Je ne cherche que cette deuxième moitié. Un regard, un sourire, un contact, mais ce n'est pas ça. Vous n'y êtes pas. Alors je m'attache à n'importe qui/quoi. Et j'analyse, je suce jusqu'au sang, je pompe toute l'énergie pour ensuite, jeter, évidemment. Rien ni personne ne me convient et, ces deux là, je l'ai abandonné. J'ai perdu, mais je recommencerai, je trouverai et ça ne me conviendra pas, forcément. Mes pleurs ne rendent pas la quête plus facile. Cette idée qu'une force supérieure existe, que l'objectivité existe, je cherche ce Dieu qui pourra me dire un jour où aller, qui me dira où est la vérité. Qui me fera enfin voir les gens comme ils ne sont pas. Je ne veux pas croire à un monde où tout est subjectivité, où tout est ressenti. Je n'y parviens pas dans ce monde. Je vis, oui, mais je n'ai pas l'absolu bonheur, je ne suis pas transcendée, je veux un choc ultime, comprendre, d'un seul coup et vous laissez crever derrière moi, puisque les gens ne pourront jamais m'apporter ce que je cherche. Je m'obstine, j'avale, je recrache, je jette, je construis, je détruis. Pourquoi ces mots ne m'aident pas ? ces sons, ces personnes, ces images, pourquoi rien ne me rassasie ? Il en faut plus, je veux bouffer de la vie, je veux que tu te débattes entre mes dents, je veux me remplir des autres, pour qu'ils meurent en moi. Je veux toutes ces vies qui dansent sous mes yeux, je les veux toutes. Alors je me déguise, je me fais confidente de peines perdues, je me fais amie de proies faciles, je me fais miroir de désespoir grinçant. Je vous avale tous, je vous épuise, je vous laisse. Toujours la première. Je romps. Je ne donne rien, je reçois, uniquement. Je regarde, c'est tout. Je suis égoïste mais je ne prétends pas chercher autre chose que ma consécration. Quand une vague se fait de l'autre côté, je suis désemparée, je ne sais comment réagir pour faire revenir vers moi ces agneaux égarés qui pensent pouvoir dominer quelques sensations en moi. Je connais les bons mots, je les ai tous, je vous fait revenir, un petit temps, juste pour pouvoir dire que c'est moi qui ai arrêté.
Je ne supporte pas la stabilité, un endroit, le même, où il n'y a que moi, un corps, qui me suit partout, qui est mien, des objets que je reconnais, je ne supporte pas la solitude figée. Je change tous les jours, je me déguise autrement, je nettoie le masque de la veille pour en mettre un autre, je vole d'un endroit à un autre, j'embrasse d'autres personnes, je cours vers une sensation qui ne me plaira plus le lendemain, j'ôte des sons pour en entendre d'autres, je laisse parfois les choses se faire toutes seules et le renversement est toujours là. La stabilité est ma mort. Je ne veux pas être figée. Rien ne doit être semblable, je dois apprendre. Prendre-jeter, envie-peur, mouvement perpétuel, comme toujours.
Mais alors, quelle étrange sensation quand des émotions s'assemblent pour me diriger vers un chemin encore inconnu malgré les composantes viscérales, quand une clé tombe du ciel après tant de doutes, de questions, d'années à décortiquer les moindres faits. Je monte une marche, et vous en descendez deux dans mon estime. Comment Emmanuelli peut alors servir à quelque chose ? Je n'ai besoin que d'un tableau aimanté capable de faire tenir mes réflexions, le temps d'en sortir d'autres, et d'agencer le tout, selon un ordre logique qui ne pouvait apparaître dans mon seul cerveau. Mais plus je m'approche de la solution, plus de nouvelles questions jaillissent dans mon esprit : est-ce que je veux réellement guérir de toutes ces plaies qui m'ont façonnées selon leur idéal ? que deviendrai-je sans ce mal en moi ? comment sera ma vue et mon ouïe si mes hallucinations cessent ? comment seront meublé mes heures d'insomnies ? qu'est-ce qui me hantera ? Serai-je encore moi-même sans tout "ça" ?
Découle ensuite, les pires questions, celles qui me déchirent encore plus, nouvelles, inconnues mais tellement sensées. A quoi tout cela sert-il ? Pourquoi rechercher des personnes que je finirai par rejeter afin de combler un manque en moi pour aller bien... une fois la boucle bouclée, finalement. Quel but ? A quoi servent tous ces efforts ? A quoi bon ? Si Dieu n'existe pas, je n'aurai pas une meilleure place que les autres. Cette idée me tue. Je me fatigue, je m'épuise, je perds beaucoup, je casse tout, mais pourquoi ? Pourquoi si Il ne me voit pas ? Pourquoi si personne ne sait ? Bien que je sois convaincue de ma position, personne ne peut aller dans mon sens. Les avis des vivants ne m'intéressent pas, ils ne servent à rien. Dieu, s'Il te plait, viens à moi dès que j'aurai trouvé les quelques réponses restantes. Et place-moi à Tes côtés, avec Toi, un peu plus bas Si tu préfères.